
Personnellement, je ne m'attendais pas un instant à ce que des peines de prison soient prononcées. L'absence d'antécédents des prévenus ainsi que les délits retenus dans l'acte d'accusation auraient de toute manière permis d'obtenir des peines avec sursis. D'autre part, d'un point de vue pénal, on ne peut condamner l'incompétence ou les erreurs stratégiques. Mais ce qui me choque particulièrement, c'est qu'aucun des chefs d'accusation n'ait été retenu par le juge alors que des faux dans les titres et de la fraude aux états financiers ont été clairement dénoncés par l'instruction. Les comptes annuels 2000 ont été falsifiés et cela ne devrait pas rester impuni aux vu des conséquences désastreuses que nous connaissons. Il faut en effet se rappeler que les citoyens de ce pays, en tant que contribuables, ont été forcés "d'investir" dans cette compagnie lors de sa pseudo recapitalisation. Et si les élus politiques de l'époque avaient finalement dû accepter de verser ces milliards, c'était aussi et surtout sur la base des informations financières fournies par la direction et le conseil d'administration de Swissair. Que ce délit reste impuni est proprement scandaleux et la justice zurichoise délivre ainsi un message dramatique à la population; un message qui veut faire comprendre que "la responsabilité des dirigeants est inversément proportionnelle à l'importance de la faillite".
Ce verdict aura également des conséquences au niveau européen. On se souvient en effet de l'affaire Sabena dont le rachat par Swissair a donné lieu à des transferts de fonds importants de la Belgique vers la Suisse. Selon le gouvernement belge, plus de 650 millions de francs auraient été ainsi ponctionnés de la défunte compagnie Sabena pour venir renflouer les caisses de Swissair. Que ses dirigeants soient relaxés va être une pilule difficile à avaler par les Belges et qui pourrait bien peser sur les relations entre nos deux pays... Au moment même où nous pourrions avoir besoin de leur soutien dans le contentieux fiscal qui oppose la Suisse à l'Union européenne.
La honte !
Du côté des désormais ex-accusés, il leur restera néanmoins à vivre avec la responsabilité morale d'avoir coulé une entreprise symbole de l'excellence helvétique, de s'être trompé sur les décisions stratégiques et avoir engendré plus de 17 milliards de pertes, d'avoir fait perdre leur emploi a des milliers de collaborateurs qui s'identifiaient à leur entreprise et faisaient confiance à leurs dirigeants. J'ose espérer que ces gens auront la décence d'attribuer les indemnités que le tribunal leur versera à des oeuvres de bienfaisance...Mais là encore, on peut rêver !

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