mercredi 30 mai 2007

Un courageux ose dénoncer des pratiques douteuses




Fait assez rare pour être relevé, un patron (cf photo ci-jointe) ose dénoncer des pratiques douteuses en matière d'adjudications de marchés publics.


Les faits !


M. Gasser, patron de l'entreprise Cloturalu à Neuchâtel en a marre de se voire systématiquement écarté des procédures de soumissions en matière de travaux publics. Il cite différents exemples, notamment celui de la pose de glissières de sécurité sur une antouroute de la région neuchâteloise. Le Département de la Gestion du Territoire (DGT) a tout d'abord spécifié dans son appel d'offre le nom d'une marque de produit (Variogard); ce qui est contraire à la procédure d'appel d'offre lorsque le produit en question ne peut être importé que par un seul canal. M. Gasser a en outre constaté que du matériel avait déjà été réservé par l'importateur chez le fabricant allemand, étiqueté à l'adresse même du chantier alors que le marché n'avait pas été attribué. En voulant contourner l'importateur via une société française, il s'est vu répondre que les glissières en question n'étaient pas livrables. En finalité, le produit a bel et bien été posé par l'importateur suisse !


Il rapporte également un autre exemple avec les travaux de réparation de glissières. Bien qu'il ait investi plusieurs centaines de milliers de francs pour pouvoir répondre aux exigences du services des Ponts et chaussées, il reçoit, de même que deux de ses concurrents, une lettre de l'ingénieur cantonal informant que ces travaux seront désormais réalisés par le personnel interne et non plus outsourcés. Croyant à des mesures d'économies vu la situation financière difficile de l'Etat, il ne lui reste plus qu'à avaler cette amère pilule! Mais qu'elle n'est pas sa surprise de croiser à deux reprises des véhicules de ses concurrents en train d'effectuer des réparations à des glissières endommagées !


Analyse

Ce cas est intéressant car il met lumière des pratiques que beaucoup soupçonnent dans le marché de la construction et de l'immobilier à Neuchâtel. Deux ou trois entreprises se partagent systématiquement les travaux, mais il est difficile de prouver qu'il y a fraude en matière d'adjudications publiques ou encore de corruption. Que cet entrepreneur ose ouvertement dénoncer ces pratiques constitue un acte de courage étonnant ou.... désespéré !

En effet, force est de reconnaître que ses chances de victoire sont assez maigres. Soit il obtient gain de cause et arrive à prouver la fraude au prix de longues et pénibles procédures judiciaires, mais le privant ainsi d'énergie et de ressources qu'il ne pourra pas dédicacer à son entreprise. Soit l'enquête ne débouchera sur rien de concret et il sera d'autant plus considéré comme un paria dans le marché en question.
Acte désespéré ? M. Gasser sous-entend que ces pratiques lui ont porté un grave préjudice puisque, dans ces quatorze dernières, l'effectif de son entreprise a passé de 13 à 3 employés. Il est donc possible de penser que cette action constitue pour lui une sorte de baroud d'honneur. Reste à savoir (et à prouver) que l'échec de son entreprise est imputable à ces pratiques et n'a pas pour cause une gestion déficiente.


Nénamoins, et en tant qu'observateur attentif en matière de criminalité économique, je tiens à féliciter et à encourager M. Gasser dans son combat. Pour avoir eu connaissance de cas similaires dans ce marché régional, je suis personnellement persuadé de l'existence d'un petit groupe de personnes idéalement placées pour organiser leurs petites affaires et profiter d'une impunité quasi garantie. Ce ne sera que grâce à des actions de ce genre que toute la lumière pourra être faite et les éventuels responsables dénoncés.
Bonne chance M. Gasser !!!





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