
La justice américaine vient de boucler sa plus grosse affaire de piratage informatique avec l’inculpation de trois suspects pour piratage de 130 millions de cartes de crédit, le plus grand vol virtuel réalisé jusqu’à présent aux Etats-Unis.
Le hacker Albert Gonzalez, un habitant de Miami de 28 ans, et deux complices russes dont l’identité n’a pas été révélée ont réussi à s’introduire dans les systèmes informatiques de plusieurs chaînes de boutiques comme les magasins de proximité 7-Eleven, un supermarché de la côte Est, Hannaford Bros., et surtout Heartland Payment Systems. Cette dernière entreprise est une société de traitement de cartes de crédit qui gère 100 millions de transactions par mois pour 250 000 entreprises clientes. Albert Gonzalez, alias Segvec, J4GUARL17 ou encore Soupnazi – le surnom d’un méchant cuisinier dans le feuilleton américain Seinfeld – est présenté par la justice de l’Etat du New Jersey comme le chef de bande. Il travaillait de concert avec un certain PT dont on ne connaît pas le nom et ses deux complices russes.
«Devenir riche ou mourir en essayant»
L’opération «Devenir riche ou mourir en essayant» avait été pensée dans ses moindres détails. Soupnazi étudiait la liste des 500 plus grandes entreprises américaines pour repérer les plus prometteuses. Accompagné de PT, il se rendait ensuite dans les magasins ciblés pour repérer leur mode de paiement aux caisses et tenter d’en comprendre les faiblesses. Plus tard, Albert Gonzalez et ses complices ont pris en leasing, sous de faux noms, des ordinateurs dans l’Etat du New Jersey, en Californie, dans l’Illinois, dans la République de Lettonie, aux Pays-Bas et en Ukraine. Tout leur montage se basait sur les faiblesses du langage de programmation SQL, couramment utilisé dans les banques de données. Une fois introduits dans les systèmes des entreprises ciblées, les hackers y installaient un logiciel «malware» (malveillant) particulièrement efficace. Capable de tromper 20 programmes antivirus, ce logiciel créait une porte dérobée dans les systèmes. Il pouvait ainsi visiter régulièrement les systèmes de leurs victimes, intercepter les transactions sur cartes de crédit en temps réel avant qu’elles ne soient codées, puis transmettre les informations aux ordinateurs américains, néerlandais, ukrainiens. Et finalement effacer toutes les traces de son passage.
La technique des pirates était si perfectionnée, souligne-t-on sur le blog du magazine Wired, que leur logiciel malveillant n’a pas été repéré par les inspecteurs du spécialiste en sécurité Trustwave lorsqu’ils ont contrôlé en avril 2008 le système informatique de la société Heartland. Entre octobre 2006 et mai 2008, les hackers ont pu siphonner les numéros de 130 millions de cartes, leurs dates d’expiration et même parfois le nom du propriétaire de la carte. Il suffisait ensuite de revendre ces informations au meilleur offrant sur Internet. Les enquêteurs de la justice américaine estiment que le prix de vente d’une carte varie de 10 à 100 dollars, en fonction des limites imposées sur la carte de crédit.
Le chef de la bande, Albert Gonzalez, n’est pas inconnu des services de police. Incarcéré depuis mai 2008, il attend derrière les barreaux d’être jugé dans deux autres affaires de vols d’informations sur cartes de crédit aux dépens de la chaîne de restaurants Dave and Buster, des grands magasins de mode discount TJ Maxx, OfficeMax, des librairies Barnes and Noble, de Forever 21, du spécialiste de vêtements de sport Sports Authority… Quelques années plus tôt, Albert Gonzalez avait été un informateur des services secrets américains. Les premiers contacts de ce programmeur autodidacte avec la police remontent au début des années 2000 lorsqu’il était administrateur de Shadowcrew, un site où se rencontraient des hackers. Arrêté en 2003, il a été retourné et remis en liberté et sous le nom de code Cumbajohnny. Grâce à lui, 28 hackers ont ainsi été arrêtés. Et Cumbajohnny, rebaptisé Segvec, s’en est allé se faire une nouvelle vie à Miami.